Baptiste Debombourg, né à paris en 1978, bouleverse les repères qui différencient la nature de l’artifice, les matériaux d’usage quotidien des objets précieux, la chose utile de l’oeuvre d’art. Son génie transcende les objets qui composent notre vie quotidienne et s'intéresse à leur histoire pour la réécrire, l’emmener vers une épopée fantastique où les sacs plastiques se changent en or, les fenêtres en torrents, les murs en coulées de lave... La force de cet artiste réside aussi dans son éloquence : il parle de ses oeuvres avec tant d’aisance et d’érudition qu’il paraît tout nous en dire alors que l’essentiel demeure caché. Jamais on ne lui arrachera les secrets de cette pierre philosophale qui anime les agrafeuses d’un souffle michelangelesque, fait jaillir des masques cérémoniels de miroirs brisés, creusent les catalogues de vente par correspondance de strates géologiques, ou font renaître de leur rebut des meubles démembrés en se dédoublant comme les têtes de l’Hydre de Lerne...

 

Pour Debombourg, les objets n’ont de sens que par leur rôle dans la vie humaine. Ils ne représentent rien par eux-mêmes, ils ne sont ni bons, ni mauvais, c’est l’usage qu’on en fait qui sert le bien ou le mal...Un homme qui a le pouvoir de transformer les objets a-t-il le pouvoir de changer le coeur des hommes ? L’artiste reprend des coupes d’armes à feu pour faire de ces machines à tuer des lieux de vie : les canons deviennent couloirs, les crosses des réfectoires, les chargeurs des chambres... Mais, que penser d’une arme devenue plan de prison ou plan de casino ? Faut-il y voir des constructions sociales qui, à l’instar des armes de guerre, sont conçues pour contrôler et tuer ?

 

 

Marc Soléranski, historien d’art, dramaturge