Quartier Libre, supplément culturel
24/09/2010

L'objet Anobli

 

Dans sa dernière exposition intitulée Les mains en l’air, Baptiste Debombourg fait de l’objet dans toute son apparente banalité le point de départ d’une réflexion sur la société contemporaine. Il s’applique à anoblir le médiocre et le familier par la transformation. Cette tentative d’anoblissement peut passer par une destruction partielle ou totale, comme en témoigne un amas de plumes colorées, reliques d’un pigeon passé de vie à trépas.

 

 

Cette démarche de transformation est d’autant plus porteuse de sens si l’on considère la symbolique des objets : des placards, des bureaux, un catalogue de La Redoute, autant d’éléments évoquant le monde du travail et la société de consommation pour constituer le décor de l’humanité moderne. En découvrant les différentes pièces de l’appartement/galerie, on remarque que les meubles devenus sculptures portent encore les stigmates de l’outrage subi, au même titre que la bible du consommateur, parsemée de cratères et évoquant un étrange paysage. Il s’agit pour l’artiste de faire accéder l’objet au statut d’œuvre d’art afin d’en souligner le potentiel aliénant.

 

 

Dans un même esprit, l’insertion d’un plan, d’une architecture dessinée au crayon dans une esquisse de Colt de 1911, ou de Famas F1 ouvre une réflexion sur l’aliénation par les structures sociales, d’autant plus que les architectures représentées renvoient à l’univers carcéral, administratif, ou religieux. La dernière étape de l’exposition nous mène à la cave, où une bande-son diffuse un entretien entre Baptiste Debombourg et Claude Pagnon. Les considérations de cet esprit libre et atypique, et le récit qu’il fait de sa vie font échos à la sensibilité et à l’œuvre de l’artiste. La revendication de liberté de Claude Pagnon, ancien légionnaire ayant choisi de s’extraire des structures sociales et de vivre en autarcie, au contact de la nature, offre une réponse aux questions soulevées par les différentes oeuvres. L’exposition « Les mains en l’air » sera ouverte au public jusqu’au 23 octobre.

 

 

Baptiste Debombourg est né à Lyon, en 1978. Après l’obtention de son Diplôme national d’arts plastiques aux Beaux-Arts de Lyon, il intègre en 5ème année l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (l’Ensba) à Paris, en 2001.Il devient alors membre de l’Atelier Interzone de Recherche (AIR), et collabore à toute une série de performances, comme Mission to ice et Good Bye Surface. En 2003, il a aussi participé à l’exposition Vous êtes ici, organisée par Vincent Barré à la galerie Agart d’Amilly. Il réside actuellement à Paris.

 

Sophie Vanvlierberghe

 

 

 

Sophie Vanvlierberghe est journaliste indépendante pour le journal quotidien régional le Bien Public

 

le bien public.com

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