Critique par Céline Piettre
18 octobre 2008

Ecrit à l'occasion de l'exposition personnelle de Baptiste Debombourg "Your Potential, Our Passion" présentée à la galerie Patricia Dorfmann du 16 octobre au 22 Novembre 2008 à Paris.

 

 

Jetés négligemment après avoir été consumés, nos mégots s’offrent une seconde vie dans les photographies de Baptiste Debombourg où la trivialité de notre quotidien tendrait (presque) au sublime.
 
Baptiste Debombourg semble n’en faire qu’à sa tête. Sa pratique est libre, guidée par un puissant désir d’exploration, perceptible jusque dans la diversité des processus et des médiums qu’il utilise. Chez lui, le support n’a que peu d’importance: il dessine, prend des photographies, réalise une sculpture, un film. Chaque projet naît d’une rencontre, d’une curiosité renouvelée, une observation minutieuse de la réalité la plus pragmatique, la plus élémentaire.
 
L’exposition présentée à la galerie Patricia Dorfmann ne déroge pas à la règle. Très vite, on prend le pouls de ce travail hétéroclite, qui emprunte à notre quotidien sa matière première. Les objets standardisés, les cultures populaires — tuning, customisation — sont sollicités, métamorphosés à des fins critiques, miroirs d’une société communicationnelle et consumériste, outils de questionnement sur la fonction de l’art aujourd’hui.
 
Porteuse d’une Philosophie sociale d’ancrage prosaïque, la série de photographies du même nom (2008) entonne des slogans clamés à l’aide de mégots de cigarette jonchant les rues, les parcs, les cafés, les flaques d’eau sale. Ces lieux communs par excellence — ces non-lieux — accueillent cette prose à visée ontologique, qui reprend la rythmique publicitaire pour distiller l’essence de nos relations humaines, de nos substrats existentiels : amour, mort, argent, pouvoir, croyances… Une «low» philosophie d’usage courant, qui tire de son contexte de présentation sa triviale vérité.
 
Symboles de l’éphémère, du jetable, de l’ère du déchet, ces mégots, associés à l’espace public, politisent le propos de l’artiste en renvoyant à la précarité de nos sociétés. Une précarité qui transparaît dans l’effacement progressif du trait de crayon de Tradition of Excellence, coupe topographique d’un idéal ordinaire : maison individuelle, lac, espace. D’apparence commune, naïve, cette architecture domestique dévoile une infrastructure improbable — un escalier qui descend en strates longitudinales dans les profondeurs de la terre —, ce qui donne à penser à l’impossibilité de ce rêve «foncier», aussi élémentaire soit-il.
 
Avec Baptiste Debombourg, les éléments tangibles, solides, font les frais d’un travail ironique de travestissement. Au fonds de la galerie, un mur en aggloméré semble avoir été défoncé par un camion, figé dans cet état transitoire qui précède la destruction, comme arrêté dans sa course vers l’effondrement par l’utilisation d’un bouton pause. Ainsi déformée, la paroi paraît habitée de quelques forces internes et dynamiques, et participe à une fictionnalisation du réel, à sa scénarisation. Car chez l’artiste, le vulgaire, le standard « va en s’élevant » — pour reprendre la définition première du mot sublime (sublimis en latin). Les objets échappent à leur médiocrité première, un peu à la manière de ces voitures «tunées» qui trouvent dans leur métamorphose un semblant de noblesse. Et dans cette perspective, même l’eau stagnante de Believable et son faux espoir de pacotille sécrète cette «sorte d’horreur délicieuse» qu’Edmund Burke prêtait aux paysages romantiques.  
 
 

 

 
 
Céline Piettre est critique d'art indépendante et rédactrice presse sur le site Paris-art.com

 

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