De la représentation de la lumière à la lumière elle-même…

 
 
(…)Automne 2015. Une Radiance particulière vient couronner les murs de la Galerie Patricia Dorfmann, à Paris. Avènement des Ultra visions de Baptiste Debombourg. L'artiste nous déplace à l'orée de l'expérience, aux confins du commencement. Il crée des images en ronde-bosse subtile que le spectateur découvre en glissant d'un point de vue à un autre. Nulle narration. Le sujet s'offre, dans la transparence cristalline, revêtant les voiles du sensible, de l'instinct, de l'accident. Le verre en fusion a donné naissance à des embryons de vie qui irradient et rythment les toiles. Chacune implose en secret. Il est des tonalités aquatiques, liquides, gazeuses, électriques... Sur le fil de l'histoire de l'art, un murmure constructiviste nous parvient. Malévitch et son goût d'air pur, métaphysique, apparaissent tandis que face à nous « la nature, c'est à dire le sentiment intérieur » ** décliné nous rattrape. Agnostiques vitraux faisant l'éloge du tressaillement de la vie pour elle-même. Primitives expressions. Humeurs spatiales. Comètes fossilisées.

 

 

 
Miroirs inspirés de là où nous sommes qui nous échappe. (…) Parler de spiritualité ou de divin, Baptiste s'y refuse mais comment ne pas penser, devant ses oeuvres, aux vitraux des cathédrales. Bien sûr, Soulages nous vient à l'esprit. Mais la prouesse de ces tableaux de verre accrochés au mur de l'exposition Radiance nous invite à remonter plus loin dans l'histoire. A l'aune du XVIIème siècle, Le Caravage transcende ses sujets par sa virtuose maîtrise du clair-obscur. C'est ce qu'il convient de nommer le paroxysme d'extases produites par une dramatisation visuelle. Dès 1967, Gerhard Richter introduit le verre dans sa pratique : la pièce 4 panneaux de verre vient compléter sa verve abstraite et poétique. Plus tard, il écrira dans ses Notes : « Mes tableaux sont sans objet ; mais comme tout objet, ils sont l’objet d’eux-mêmes. Ils n’ont par conséquent ni contenu, ni signification, ni sens ; ils sont comme les choses, les arbres, les animaux, les hommes ou les jours qui, eux aussi n’ont ni raison d’être, ni fin, ni but. Voilà quel est l’enjeu.(...) Les toiles abstraites mettent en évidence une méthode : ne pas avoir de sujet, ne pas calculer, mais développer, faire naître. » En 1991, Jaroslava Brychlova et Stanislav Libensky réalisent des sculptures en verre, au format rectangulaire d'un tableau posé sur une colonne, intitulées Spaces. Le verre est moulé

autour d'un carré vide perçant la matière en diagonale et diffusant la lumière aussi inégalement que l'épaisseur s'affine sur les bords du cadre. Ce sont des objets colorés avec lesquels la clarté joue de toute part (…). Baptiste Debombourg puise sa réflexion dans la redécouverte de la peinture abstraite. La conception architecturale des toiles de Friedrich Vordemberge-Gildewart, par exemple, a accompagné sa recherche. En étudiant les vertus et les possibilités du verre, Baptiste réveille sans détour l'âme exaltée des artistes des années 20. Nous retiendrons la place accordée au silence, au vide translucide contenue dans chaque tableau. Debombourg poursuit la quête d'harmonie que De Stijl, l'école du Bauhaus et tous les pionniers du début du XXème siècle ont engagée, que nous retrouverons, à New York puis à Chicago, jusque dans les gratte-ciel, zéniths dansant avec les saisons naturelles de la lumière.
 
 

in « Obliques aurores » by Anaïs Delmas, 2015

 

texte écrit à l'occasion de l'exposition personnelle "Radiance" présentée à la Galerie Patricia Dorfmann à Paris

 

 

** Lettre du 18 février 1758, Jean-Jacques Rousseau