Dans une société de consommation où tout glisse à sa fin sans avoir vécu son temps, sans aller vers sa mort, nous rêvons d’accélérer et de déchaîner les forces vives de la destruction. Car privés de ce don, nous ne cessons de mourir sans trouver d’expiation. Tout ne commence-t-il pas par le refus des formes existantes ?

 

L’œuvre Turbo2 de Baptiste Debombourg, invité par la galerie HO, semble hantée par cet acte fondateur de l’art quand il simule un mur cassé dont les morceaux s’imbriquent les uns aux autres à la manière d’un miroir brisé. La recherche d’un nouvel élan, d’une énergie vierge se retrouve secrètement dans son titre, plagiat de Rambo2, affichant ostensiblement son attachement à la culture populaire et au cinéma de masse. Mauvais genre pour les uns, extrême mobilité et spontanéité des formes pour les autres. L’énergie de l’informe, potentiellement contenue dans cette œuvre, nous parle d’une mythologie de libération à travers la vitalité populaire.

La préoccupation sociale et la valeur de la culture ont une place prédominante dans le travail de l’artiste. Ainsi, les visiteurs pourront voir, dans cette exposition, un dessin, représentant la coupe d’un Boeing 747 où est rendue visible la manière dont les classes sociales se divisent à travers le partage de l’espace. Le nombre des sièges se multipliant de manière géométrique à mesure qu’on avance dans l’avion et que l’on va vers la classe économique. Des murs invisibles se dressent selon la clarification tarifaire de la compagnie aérienne. La présence de l’avion rappelle inconsciemment les détournements et les crash, ce transport ayant toujours été dans le monde moderne un instrument politique. La violence inhérente à toute structure et hiérarchie sociales, incarnées par une esthétique donnée, projette, comme ses ombres propres, les nécessités de la destruction. Ainsi, le mur et le dessin se renvoient l’un l’autre de manière métaphorique.

 

Jeanne Truong

 

 

 

Commissaire et critique d’art indépendante